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UN AÏEUL OUBLIE DES ANCIENS ETABLISSEMENTS FRANCAIS DE L INDE : REMINISCENCES ET REFLEXIONS

C’est vers tous mes amis (es) qui m’exhortent à écrire, que se dirigent mes pensées .Je m’y lance donc avec plaisir, pour parler d’un sujet particulier, sujet qui me tient à cœur depuis longtemps.
En effet, je n’écrivais que par pulsions, jusqu’à présent, à la faveur de certaines circonstances, où  quelques requêtes et articles ont vu le jour et dont je n’ai gardé , à mon grand regret, que peu de copies afin d’alléger mes archives.

Certes l’idée de retracer la vie politique de mon arrière- grand- père dans les anciens comptoirs français de l’Inde (dont je suis moi-même originaire) a constamment occupé mon esprit. Il était donc  nécessaire de se rappeler à son bon souvenir, à l’instar de mes parents, oncles et tantes qui, bien souvent, aux nombreuses réunions familiales, évoquaient, non sans une certaine nostalgie, le caractère et l’action de cet homme illustre. Eux aussi vont, de ce fait, et tout  naturellement, me conduire à transcrire cet  événement  unique en son genre.

Le déclic s’est produit lors d’un voyage à Chicago , où j’ai eu le privilège d’être  présenté, chez des amis Irano- américains, au petit-fils de Gandhi, ainsi qu’à son épouse et collaboratrice. Lui un homme grand, avenant et débonnaire, parlant un anglais parfait, enseignant  à  l’université d’Urbana les Sciences Politiques, axées, pour ce qui est de son domaine, sur les études pour la paix (peace  studies) ; son épouse, tout aussi mince drapée d’un  beau sari rose orangé, d’une grande douceur et d’une gentillesse exquise. Tous deux m’ont accueilli avec surprise et satisfaction. Ma connaissance de l’anglais ayant un peu souffert, faute de pratique, nous avons fini par communiquer en langue tamoule dont ils avaient, dieu merci, quelques connaissances.

J’aurais aimé m’entretenir avec ce couple de mon arrière- grand- père, mais c’eût été long et fastidieux, d’autant que l’ambiance du restaurant où nous sommes venus finir la soirée ne s’y prêtait guère.

Je formule néanmoins le souhait que le professeur  Rajmohan  GANDHI soit amené à lire mon bien modeste ouvrage autobiographique. Il découvrirait une apparente similitude dans le combat mené par son grand-père à une grande échelle, et le  mien, dans un territoire plus restreint.

Mais le combat de  ce dernier a véritablement  provoqué une onde de choc non moins importante dans le minuscule comptoir français, avec des répercussions dont nul ne pouvait se douter…

Au début, l’histoire de mon aïeul ne m’apparaissait que comme une mésaventure malheureuse, tout juste  anecdotique et un brin ridicule, en apparence du moins.
Tout  commença par une affaire de la «  paire de savates » ou de «  bas et souliers », comme on l’appelait.  Force est de constater que cet épisode s’est estompé dans les esprits de certains compatriotes du comptoir. Je ne leur en fais, toutefois, aucun grief et serais, en revanche, bien aise d’en entendre un démenti formel, pour le bien qu’ils ont pu en tirer de génération en génération.

Aussi, vais-je m’employer de manière impartiale, (mieux vaut tard que jamais) à développer ce fait historique et  retentissant- du reste un tant soit peu documenté. Cela mérite d’être rappelé en raison même de l’impact et du bouleversement qu’il produisit dans cette région, il faut bien le dire, perdue de l’océan indien. D’où un  certain désintérêt de l’empire français dans les derniers temps.  Cela devait conduire à  un réel abandon progressif de ces comptoirs et bien évidemment de cette population d’expression française, laquelle a du , à son corps défendant, résister pour la sauvegarde de tous ses acquis.

PREMIERS REMOUS DANS LES COMPTOIRS: L’aïeul porté par les revendications.

En effet, cet homme simple, généreux et bon qui a marqué son époque, disparaissait prématurément dans  sa cinquante- sixième année. Il avait ouvert, par son action politique, une  brèche importante. Elle permettait à ses compatriotes, quelle que fût leur confession, notamment les intouchables, de s’orienter vers un choix délibéré et réfléchi de changement de statut personnel, en vue d’une assimilation définitive à la citoyenneté française.

À l’époque, la France détenait ces cinq comptoirs : Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon et Chandernagor,  (Pondichéry acquise en tout premier lieu en 1673 par Bellanger  de  Lespinay) pour ne les quitter  que trois siècles plus tard. Pondichéry restera le symbole de l’épopée française « aussi fugace que riche en rebondissements » pour le commerce- un village appelé « Poudouchéry » à l’origine et qui est devenue une fenêtre ouverte sur l’Orient. C’est François Martin qui en est le véritable fondateur. Britanniques et Français se disputent la suprématie commerciale, par suite de l’affaiblissement progressif de l’empire Moghol qui régnait sur tout le sous-continent indien.

Le grand Dupleix jouera aussi un rôle important dans le pays, par ses relations étroites entretenues avec les nababs du pays. Mais son action se trouve avortée du fait de l’incompréhension de la Compagnie des Indes et de l’indifférence de son gouvernement qui le rappelle en mettant un terme  à sa mission….

La troisième république naissante attribue, en effet, à l’Inde française, dés 1875, le droit d’élire un député à l’Assemblée nationale. Avec l’arrivée de  Debassyns de Richemont, député puis sénateur, on assiste à la création d’un «  conseil colonial » qui devient par la suite conseil général. En outre, les autochtones, sans être citoyens français, ni astreints à toutes les obligations que comporte la législation française, eurent les mêmes droits électoraux que les français, mais concernant les élections législatives seulement. Deux catégories d’électeurs se dessinaient : les Français votant sur une liste, les autochtones sur une autre liste.

Le nombre de siéges répartis dans chaque conseil, à chacune de ces deux catégories, était le même, malgré la supériorité en nombre des électeurs Indiens En outre, ces mêmes autochtones occupaient des fonctions et charges précédemment dévolues aux Français et conjointement avec ces derniers. Pour autant, ils ne  jouissaient pas des mêmes prérogatives réservées à leurs collègues et confrères venus de la métropole.

Le traitement des fonctionnaires variait suivant qu’ils étaient de souche indienne ou française.  Les états de frais de conseils agrées (n’ayant pas encore de titre d’avocat- conseil) présentés à la taxation du président du tribunal, étaient toujours réduits de moitié.

Indignés par toutes ces mesures vexatoires, les intéressés avaient réclamé l’égalité des droits. Ni le gouverneur, ni les représentants de l’Inde française au parlement (,) ne pouvaient résoudre ce grave problème. Des conseils agrées indiens se réunirent pour désigner un des leurs afin d’aller porter à Paris les doléances de leurs compatriotes pour obtenir l’égalité des droits et avantages dont jouissaient les français résidant en Inde.

Leur choix fut porté sur Ponnoutamby, mon arrière- grand- père qui était conseiller  agrée, conseiller général et conseiller municipal, un catholique. A cela vint se greffer un   différend qui l’opposa au Président du tribunal. Il fit l’objet d’une expulsion pour s’être présenté chaussé à l’européenne alors qu’il était censé porter des babouches comme tous les membres de sa caste, les Vellâja. Ce faisant, il avait violé le Mamoul (la tradition indienne), en stigmatisant les aspects contraignants des us et coutumes de sa caste pourtant mieux lotie- et de loin- que celle des intouchables, bref de la société hindoue. Il fut sanctionné, en outre, par le gouverneur, en dépit des explications fournies à propos d’une grippe endémique dont il sortait affaibli. C’est précisément  ce qui avait motivé cette nouvelle tenue recommandée par son médecin, tenue qu’il eut l’outrecuidance  de porter….
On ne peut que sourire devant cette implication des autorités en place et leur zèle intempestif à vouloir s’immiscer dans la conduite même des administrés autochtones.
Ces dérapages finissent généralement par créer un malaise d’abord, puis une remise en question sur une certaine déontologie observée par ces mêmes représentants de l’Inde française.

A la suite de cette sanction, Ponnoutamby fit appel et fut défendu en France par son ami et avocat Jules Godin. Il obtint gain de cause, suite aux arguments avancés par le Ministre de la Marine, en ces termes :
« Si la France s’était engagée à respecter les us et coutumes des Indiens, elle ne pouvait, en revanche, imposer ce respect à ceux qui souhaitaient s’en écarter »
Cette décision, conforme à un arrêt de la cour de cassation de janvier 1852,  reconnaissait aux natifs le droit d’être jugés selon les us et coutumes de leur caste. Mais elle n’interdisait pas pour autant aux Indiens le droit de se soumettre librement et volontairement à l’empire des lois françaises ainsi que d’en recueillir les avantages, tout en observant les commandements »

Outre Jules Godin, son défenseur, Ponnoutamby  s’attire la sympathie d’hommes distingués tels que Jules Ferry, Gambetta, Léon Blum, De Heredia,  Edmont  About et tant d’autres.
A Paris, on assiste à l’échec des conservateurs et du succès des républicains et du régime parlementaire. Ponnoutamby, chef du comité libéral, défend un projet révolutionnaire.
Le courageux mandataire défend brillamment la cause de ses compatriotes devant les autorités gouvernementales et les parlementaires et obtient gain de cause. La France  accordait aux habitants des cinq comptoirs, qui renonçaient à leur statut personnel, la jouissance de tous les droits attachés à la qualité de citoyen français et les astreignait à toutes les obligations que comporte la législation française.

Ainsi vit le jour le décret du 21Septembre 1881 sur la renonciation signée par Jules Grévy. Il ouvre la faculté aux natifs de l’Inde française, des deux sexes, de toutes castes et religions, de renoncer d’une manière définitive et irrévocable à leur statut personnel entendant  accepter toutes les conséquences de cette renonciation. La condition sine qua non était d’être majeur, de déclarer, du lieu de naissance, qu’ils veuillent user de la faculté qui leur est offerte par le décret sus énoncé, et qu’ils adoptent un nom patronymique qu’ils ont choisi pour eux et leur descendance. Chaque intéressé, assisté de deux témoins, en présence de l’officier d’état-civil signe le registre des actes de renonciation, tenu dans chaque mairie.

A son retour au pays, Ponnoutamby fut reçu triomphalement. Son premier geste fut d’aller à la mairie signer son acte de renonciation et  de choisir  le nom patronymique, celui très significatif de « La Porte » (il a ouvert la porte de l’égalité jusqu’ alors fermée). Il s’appelait depuis lors Ponnoutamby-La Porte. Une grande rue de Pondichéry porte encore son nom.
Au pays, quelques actions spectaculaires lui sont connues telles que, partageant à l’église un repas avec quelques-uns de ces êtres impurs, appelés parias. Il lance à la face des conservateurs, lors d’une audience solennelle du gouverneur : « J’ai brûlé ma caste, je n’en ai pas. Je suis français. C’est là ma caste et mon titre de noblesse ».

Entre temps, Théodore DROUET est nommé gouverneur des établissements français en remplacement de Laugier à  Pondichéry en Avril 1881. Le pays n’appartient plus à l’empire français, mais prend le nom de République française . Si les blancs ne sont pas inquiets de ce changement de régime, les Indiens eux s’inquiètent davantage des mutations qui s’annoncent. Ils craignent que le respect des us et coutumes de chaque communauté religieuse et de chaque caste, établi par arrêté du 6 Janvier 1819, soit remis en cause. Ce qu’il découvre en arrivant en Inde, c’est le premier grand débat dans lequel il va devoir s’investir : celui de l’assimilation. Dans sa lettre au ministre de la marine et des colonies, il rappelle que l’Inde était, avant,un pays réfractaire à tout progrès,  à cause des éléments hostiles aux institutions françaises. Les vieux indiens ont parfaitement compris que le maintien des castes, des coutumes,des privilèges était inconciliable avec  les principes républicains ( ex: les parias sont séparés, dans les écoles, des élèves castés. Dans les mairies, les mariages des parias ne sont pas célébrés dans la même salle que celle des castés pour éviter toute «  souillure ». Contre le régime républicain qui se met peu à peu en place, les castes privilégiées se sont unies à des éléments de la colonie européenne, notamment les Angalis, afin de lutter contre le progrès et réagir contre les nouvelles institutions. Ainsi, on élimine du vote les natifs qui ne sont pas soumis à la loi française.

Drouhet réclame donc une définition plus précise du régime politique jugé anticonstitutionnel. Il demande d’inclure dans la première liste électorale, sans distinction d’origine, tous les électeurs soumis au code civil, tous ceux qui renonceraient à leur statut personnel . Les natifs prendraient ainsi , au même titre que les citoyens français , part aux élections, germe d’un immense progrès social et politique.

De nombreux intellectuels vellâja (la caste de mon aïeul)  adhèrent à la législation civile de la France et aux valeurs égalitaires en tant que libéraux, lors des élections du député de l’Inde en 1881.Deux indiens essaient d’imposer leurs idées. L’un, Ponnoutamby, chef du parti libéral, partisan du progrés, de l’assimilation et des institutions nouvelles, l’autre , Chanemougan,  homme intelligent mais farouche adversaire de toutes réformes.

L’exemple de Ponnoutamby est immédiatement suivi par les catholiques, beaucoup d’ harijans ( intouchables) et quelques musulmans- hormis les brahmaniques composant la grande masse des populations qui conservaient leur statut personnel.

Deux journaux sont ainsi fondés par les amis de Ponnoutamby, le « Progrès » et le  «  journal de l’Inde française » ,   considérés comme un précieux appui dans l’œuvre d’émancipation et de civilisation, un utile auxiliaire aussi dans les élections. Le  programme est de «  faire comprendre, apprécier, aimer et défendre le gouvernement du peuple, celui de la république ; opérer une greffe sociale, morale et philosophique d’une âme vigoureuse, élevée, généreuse, fortifiée par la lutte et l’adversité sur un vieil arbre qui, depuis longtemps, ne produit plus de fruits ; préparer un monde de sentiments réellement forts, purs et élevé, c’est à dire français et faire comprendre la plus sublime idée : le respect de l’homme par l’homme ».

LA RENONCIATION: barrage des hindous

Ainsi, comme mon aïeul avait toutes les chances de s’emparer de la direction de la politique locale, la métropole_ afin de parer à toute éventualité créa une troisième liste électorale où les renonçants seraient seuls à figurer. Ces derniers se trouvèrent ainsi être 2000 électeurs contre 450 environ d’européens et 65000 brahmaniques et musulmans. Le parti des renonçants se porta alternativement dans les assemblées locales, tantôt du côté de la première liste, tantôt du côté de la seconde, suivant les circonstances…

Ponnoutamby trouble ainsi l’équilibre de la vie normale de la politique. Après quinze années d’expérience, la métropole fait disparaître la troisième liste. En septembre 1899, seules deux listes existaient : la première où figuraient les électeurs européens et les  électeurs renonçant,  et la seconde comprenant les électeurs non- renonçant ou sujets français.

Ainsi le renonçant était devenu français à part entière. Mais pour en arriver là, que d’embûches a du rencontrer mon aïeul face à  Chanemougan, de même caste que lui .Il parvient à faire croire à la masse ignorante que le régime de l’époque menaçait ses coutumes et tendait à ravaler au rang de parias tous les indiens français .

Le personnage de «   taille moyenne, replet, affichant des mœurs austères, au regard fuyant, un sourire de commande, félin fanatique de par sa religion et opposé aux principes de l’ égalité républicaine, superstitieux, haineux , était prêt à tout pour satisfaire ses ambitions »..

Adversaire redoutable de Ponnoutamby, il s’érige en défenseur du dharma (ce mot sanskrit indique que dans l’hindouisme et le bouddhisme, la loi universelle régit l’ordre des êtres et du cosmos) et de la caste. Il s’oppose violemment à celui-ci récusant ses thèses fusionnistes lors des débats au conseil général. L’action principale de mon arrière- grand- père en faveur des parias lui est insupportable (ouverture des écoles, droit de vote) les mettant au même niveau que les brahmaniques. Si bien que (d’après les propos rapportés par mes parents et qui l’évoquaient souvent), certaines âmes charitables, le voyant passer dans la rue, ouvraient leurs fenêtres pour lui lancer des quolibets en le ravalant au rang des parias. Tout bonnement il se retournait, les mains derrière le dos, leur affichant un large sourire très significatif comme pour dire « un jour vous vous en souviendrez avec bonheur….. » et il  passait son chemin sans autre forme de procès. N’est-ce pas la meilleure attitude que pouvait avoir cet homme dont la hauteur de vue n’avait d’égale que sa grandeur d’âme ?

Bien plus,  pour le contrer, et avec l’appui des hautes castes, ce même congénère brandit le spectre de nouveaux impôts. Il déclare le Mamoul en danger, mettant dans des situations inextricables l’action même des responsables français métropolitains, quant à la bonne marche de l’élaboration du décret sans cesse défendu par Ponnoutamby. Il est hostile à toute mise en valeur de la colonie et trempe dans des malversations et fraudes électorales. Il fait même inculper_ par un subtil renversement des alliances_  le sieur Rassendren, renonçant comme mon aïeul qui décède prématurément  et qu’il est conduit à remplacer.  Ce dernier vite réhabilité à juste titre, sera remplacé à son tour, car il n’avait pas la trempe de son prédécesseur.

La vie économique des comptoirs n’a jamais cessé d’être satisfaisante et fut même excellente à certains moments. Le budget était sagement équilibré par une succession de conseils généraux, soucieux de ne pas surcharger les contribuables et de ne pas engager l’avenir par des emprunts dont il faut bien un jour ou l’autre payer les charges, sans compensation suffisante.

La gestion des municipalités, assez rigoureusement contrôlée par l’administration s’est avérée bonne, car les fonds ont été gérés avec prudence. Cela permet la réalisation des travaux d’embellissement, et l’entretien des monuments et des routes des comptoirs. Une réelle activité se développe dans le domaine industriel et des filatures depuis 1828 se développe par l’arrivée d’industriels alsaciens créant  SAVANA et une firme anglo-française, l’usine Rodier.

Ces diverses usines employaient une dizaine de milliers d’ouvriers à Pondichéry, comme celle plus importante de jute établie à Chandernagor.

LE FILS DE L AIEUL

Sur ces entrefaites, un crime est  perpétré à l’usine de la filature SAVANA, fleuron de la colonie. Il met en cause ses responsables et rend fébrile la ville elle-même.

Joseph La  Porte, avocat, conseiller général, conseiller municipal (fils du père de la renonciation), est amené à défendre l’administration française. Ce ténor du barreau de Pondichéry (le Maître Floriot indien..), expert en criminologie, avait été reçu brillamment à son doctorat en droit à Paris, aux dires de mon père,  à propos de son oncle paternel.  Dans une plaidoirie fulgurante à faire trembler l’auditoire, il démolit tous les arguments de défense de trois de ses confrères de la partie civile, amenés à l’affronter à cette occasion. Il gagne le procès de toute évidence.

Cette affaire  SAVANA  retentissante avait longtemps occupé les esprits des citadins, comme ceux  du gouverneur en place et de ses administrés, sur la personnalité hors norme de cet homme à Pondichéry. D’un tempérament démesurément autoritaire, sa progéniture lui vouait un respect mêlé de crainte et de dévotion, sinon d’aversion, dans la grande maison familiale qu’il occupait en véritable patriarche.  Il faut dire que l’homme avait fait fortune après ce procès SAVANA.  Hélas! de par sa propension à des prodigalités sans fin, il n’a su mettre à l’abri du besoin certains membres de sa famille proche. Il aimait, entre autre, les grandes réceptions et banquets organisés dans la maison familiale par quelques personnes triées au volet et ces repas de gala se déroulaient principalement en période de fêtes de Noël et de Nouvel An arrosés de champagne et de bons vins de France, avec la dinde farcie qu’il aimait tant.

Quatre familles au moins occupaient cette maison dotée de ses deux vérandas, deux grands salons, et une dizaine de chambres réparties au rez-de-chaussée, comme à l’étage.

Un grand verger l’entourait agréablement, répandant ses fragrances à la tombée de la nuit, et  se terminant par des  longères qui menaient aux cuisines, salle de bain, grenier, cour, basse-cour, puits et garage. Et partout couraient, criaient, pleuraient, jouaient, se chamaillaient ou chantaient une multitude d’enfants qui restituaient, à cette immense demeure, l’atmosphère de la vraie vie…, avec, de temps à autre, la nécessaire et bienveillante intervention du patriarche qu’ils adoraient,

Dans la bande, j’étais le plus déluré. Un jour, avec un cousin de cinq ans mon aîné, qui s’était béatement laissé convaincre à mon idée, nous avions carrément tranché, au péril de notre vie, un énorme régime de bananes qu’offrait généreusement le bananier voisin. L’opération était périlleuse et nous manquions de trébucher du mur mitoyen, haut de plus de trois  mètres et d’aller nous étaler dans le jardin du ténébreux voisin. La punition ne tarda pas à venir, comme l’interdiction de sortie et autres privations prévues aux gosses de notre âge. Un jour j’avais saisi un scorpion par son dard vénéneux, au grand dam des tantes qui s’affairaient dans ce grand espace familial. C’est une tape  énergique d’un oncle sur mes doigts qui firent lâcher prise le dangereux arachnide dont la vie fut bien vite abrégée. Tout comme les madeleines de Proust, il me reste par ailleurs l’odeur du lait brûlant à la cardamome servi par une tante dans des verres couleur vitraux…

Le pétillant avocat avait renoncé, tout au début, à la  part d’héritage de la maison de son père trépassé, en commun accord avec ses deux autres frères. Ils le laissèrent entièrement au bénéfice du frère aîné en reconnaissance de celui-ci pour la prise en charge de leurs  études . Car on imagine que les études de droit, en particulier du jeune Joseph en France, requéraient quelques sacrifices financiers.

Quelle belle leçon de  gratitude, peut-on dire,  de magnanimité surtout, apanage des gens de cette époque, sans nul doute ! Mais de cet héritage, certes inégalement réparti et  tombant,  au fil des générations, sous le coup de la prescription, il ne faisait pas de doute que des grincements de dents vinssent plus tard, à  se manifester de la part de la lignée de ceux qui se  sentaient,  en définitive, frustrés de ce cadeau par trop généreux…

Mon  père a toujours estimé que cet élan de générosité inspiré par un sentiment noble devait primer le droit. En raison même de cette prescription, on se devait moralement de ne plus y revenir. Oui certes, mais tout de même…. Plus tard, en effet, le fils et petit-fils de ce grand frère remercié_ tous deux magistrats de carrière_ eurent à supporter tour à tour d’importants et coûteux travaux de rénovation de la maison familiale, qui  tombait littéralement en ruine. Réflexions faites, les ronchonneurs n’auraient pu  accuser le poids de  ces frais onéreux, même si le partage de la maison familiale avait été effectué  équitablement. Vendue quelque temps après à l’ashram (lieu où des disciples se groupent autour d’un gourou), elle est actuellement devenue une école de l’Union indienne.

Mon père avait eu l’occasion de rendre d’inestimables  services, concernant les affaires familiales, à son vieil oncle paternel,  impotent qu’il était au point de ne pouvoir prendre certaines initiatives vers les derniers moments de sa vie.  Les deux hommes se comprenaient et s’aimaient bien Je crois comprendre maintenant que mon père, animé de cet esprit familial, devait lui ressembler par certains côtés, pas toujours commodes et…il avait de qui tenir !

A l’avènement de la guerre  en 1914 entre la  France et l’Allemagne, le conseil général de l’Inde française, réuni en session extraordinaire, avait voté une motion à l’adresse du Président de la République et du chef du gouvernement,  exprimant l’attachement indéfectible des établissements Français de l’Inde à la mère patrie.

Joseph La Porte et les leaders politiques estimèrent que les mobilisés n’étaient pas en assez grand nombre. Ils lancèrent un appel aux populations, en vue d’engagements volontaires. Cet appel fut largement entendu, hormis quelques irréductibles. Tous les volontaires) reconnus aptes furent dirigés dans les divers fronts combattants en  France, après instruction militaire appropriée reçue en Indochine, ne pouvant la recevoir sur place faute d’instructeurs militaires.

A la fin de la première guerre mondiale, un beau monument fut érigé à Pondichéry, sur le cours Chabrol, face à la mer, en mémoire des enfants de l’Inde française tombés au champ d’honneur.

Une plaque de marbre porte en lettres d’or les noms des vaillants défenseurs de la patrie.

Après la victoire de la seconde guerre mondiale et après les guerres d’Indochine et d’Algérie, deux nouvelles plaques furent  ajoutées,  portant chacune les noms des combattants qui avaient sacrifié leur vie en 1940-45 et lors des événements  d’Indochine et d’Algérie.

Ce monument aux morts reste toujours la propriété de la France.

Concernant l’enseignement, les Pères des missions étrangères avaient répandu la culture française dans prés de 200 écoles publiques et privées dans  tous les comptoirs : le collège colonial de Pondichéry prenait la dénomination de collège français depuis  la fin de la deuxième guerre mondiale, conduisant les élèves des deux sexes jusqu’au baccalauréat. Il fut baptisé en dernier lieu  « Lycée français ».

Il est bon de signaler l’action importante du Pondichérien  Arthur Annasse pour la sauvegarde des droits acquis des ressortissants français de l’Inde et dont les grands- pères paternel et maternel étaient des contemporains de mon arrière- grand- père Ponnoutamby-La Porte_  premiers  pionniers  renonçant avec lui .

En 1942, en fonction à l’intendance de Saigon, A.Annasse attaque le décret de Vichy relatif au régime de solde des fonctionnaires d’origine asiatique, premiers errements_  quoique exceptionnels, étant donné la conjoncture_  de l’administration française. Ce décret est appliqué illégalement aux fonctionnaires français de l’Inde. Annasse s’attire, de ce fait, les foudres du gouverneur général Decoux et, par voie de conséquence, les diktats du  procureur général.

Devant ses actes de résistance, ainsi que de son oncle en exercice, un arrêt révocatoire fut pris à leur encontre .Mais ils furent vite réhabilités, suite à un verdict de la cour de cassation de Saigon où ils exerçaient, comme tant d’autres  Pondichériens, dont mon père en Indochine.

Il en est de même des fonctionnaires citoyens français relevant du Ministère de la France d’Outre –Mer en service en Indochine. Ils risquaient de perdre l’indemnité d’expatriation qui leur était due, à cause des décrets scélérats de Vichy, abrogés, eux, en1947.

Ces fonctionnaires touchaient enfin équitablement le rappel attendu grâce à la diligente collaboration des ministres Marius Moutet et Paul Coste Fleuret qui oeuvraient dans le sens du droit et de la justice, face aux contempteurs  de la république dont le seul but était de nuire à la bonne marche des institutions.

C’est dire combien certains aspects des droits émanant de cette citoyenneté française chèrement acquise, étaient susceptibles d’être remis en cause_( à la faveur de ces mêmes décrets de Vichy) _ pour peu qu’en haut lieu une interprétation  différente et discriminatoire, incite certains esprits à la contourner allègrement.

Et nous progressons tout doucement vers une Inde indépendante. La situation des comptoirs est happée par un vent d’aspiration à la liberté.

Les thèses nationalistes se font de plus en plus sentir après la deuxième guerre mondiale, impulsées par le mouvement de désobéissance civile de Gandhi. Les violences sociales engendrent des violences politiques avec, comme corollaire, le sempiternel esprit de caste combattu par Gandhi lui-même. Celui-ci se réfère, en l’occurrence, à l’idéal d’égalité et de fraternité inscrit dans la constitution française, et choisi à bon escient par mon aïeul .Mais, cependant, la mauvaise administration de Pondichéry et la situation peu reluisante de la colonie, rend la crédibilité de la France quelque peu ébranlée.

Abandonnée aux politiciens plus ou moins intègres, l’Inde française part à la dérive, que la Métropole contrôle difficilement. Dés 1948, Paul Coste Fleuret, ministre de la France d’Outre-Mer, déclare à  l’ Assemblée  Nationale que le gouvernement entend laisser aux populations des établissements français de l’Inde, le droit de se prononcer sur leur sort et leur statut futur. En 1949, Jawaharlal Nehru lui-même avertit les populations des comptoirs qu’elles allaient être appelées à choisir librement leur statut politique.

On assiste, dés lors, à une désignation successive de gouverneurs tels que Bonvin,  lors de l’appel du général de Gaulle, qui eut à se prononcer sur le ralliement unanime des comptoirs à la France libre prônée par celui-ci.

Baron consulte ensuite Gandhi pour connaître sa position sur la prochaine destinée à venir des comptoirs  dont les violences se font sentir à Chandernagor. Le père de l’Inde les condamne en ces termes :

« La France est un grand pays ami de la liberté. Elle ne doit être soumise à aucun ennui de la part de l’Inde qui vient d’entrer en possession de sa liberté. L’Inde doit toujours protéger les comptoirs français dans l’Inde, contre toute action illégale des Indiens »

A l’inverse, cependant, une série d’erreurs et d’irrégularités sont commises par Georges Bidault. Il veut, par exemple, céder des « loges » appartenant aux territoires français , pour une prétendue détente des relations franco-indiennes , geste d’amitié auquel Nehru semble être sensible .Bien évidemment, cela est  illégal, puisque les 2000 citoyens français ne sont pas consultés, ce qui met l’Inde en position de porte-à-faux de par la situation géographique de ces mêmes loges, enclavées dans le territoire du Pakistan.

Cette détente est cependant maintenue entre les deux pays qui «  entendent rechercher les solutions les plus adéquates par respect des coutumes et aspirations des populations, des liens historiques et culturels qui les unissent à la France et à l’évolution de l’Inde »

Ainsi, Tezenas du Montcel, inspecteur de la France d’Outre-Mer en arrive à déclarer que Chandernagor est perdue, compte tenu de sa situation dans le  Bengale et de son peu d’importance à tous points de vue. La ville est donc cédée en juin 1949 à la présidence du Bengale à une majorité écrasante et  sa ratification est réalisée en juin 1952.

Mais il reste l’espoir de conserver les quatre autres établissements…C’est bien là un vœu pieux émis par les ressortissants français, qui sentent qu à l’instar du sort réservé à Chandernagor, tout peut basculer sur les autres comptoirs…

A Annasse, une fois de plus, est pressenti par l’assemblée générale réunie en raison des événements sidérants de Chandernagor. Il fait connaître à l’assistance qu’il est plus qu’urgent de faire campagne pour le « statut quo » jusqu’au référendum en donnant des réunions politiques tant à Pondichéry que dans les communes avoisinantes.

Aux nouvelles adhésions se sont infiltrées celles des communistes. Des orateurs venus du territoire indien en profitent pour prendre la parole et fustiger la France et ses institutions.

TENTATIVE DE DESTABILISATION DU PAYS ET REGROUPEMENT DES FRANCAIS POUR LA SAUVEGARDE DES ACQUIS.

A l’exemple des congressistes de Pondichéry, un certain régime de terreur s’installe dans la ville. Menaces et brutalités sont de mise à l’endroit des personnes qui s’avisaient de démasquer le double jeu de ce même parti congressiste.

Après le rappel en France de Baron, l’enquête de Tezenas  de Montcel révèle que la France ne pouvait compter sur les dirigeants du parti socialiste de l’Inde française qui détenait tous les pouvoirs. Il  consulte Annasse qui lui fait part de la création imminente de l’association des « patriotes de l’Inde française ».  Ainsi, les statuts déposés, des milliers d’exemplaires en français et en tamoul ( langue parlée en majorité dans le sud du pays) sont distribués.

Le but est de convaincre la population de voter pour le statut quo le jour du référendum. Des adhésions provenant de toutes les classes sociales sont enregistrées avec succès , ce qui fait tâche d’huile jusqu’aux villages assez éloignés des postes de sécurité et atteignant les habitants de Karikal.

On assiste là, à un lent processus de blocus économique dans les comptoirs restants  qui paralyse assez sérieusement la vie économique, avec  l’arrivée d’un mystérieux trio de politiciens parvenus (je le précise, parmi des locaux). Ces derniers se livrent à un jeu équivoque et  trempent volontiers dans la corruption, portant ainsi préjudice dans le processus du prochain référendum des comptoirs, comme à leur destinée finale.

Plus que jamais, il est clair que la sauvegarde des droits et avantages acquis des ressortissants de l’Inde française reste une question vitale.

Les actes de violences et de banditisme, sont exercés presque journellement, surtout à Pondichéry et dans les communes environnantes par des hommes de mains du parti socialiste. Ces événements  incitent  Nehru à conclure qu’une libre consultation populaire n’est plus possible. Il réclame le rattachement pur et simple des comptoirs à l’Inde, et ce,  en dépit de l’accord franco-indien de juin 1948….

Des mesures coercitives et, partant, vexatoires sont exercées à l’endroit des ressortissants français, comme par exemple : l’institution d’un « passeport » pour circuler dans les territoires, ce qui met la police française et la police indienne en confrontation.

Le trio précité profite de ces troubles pour coopérer avec l’Union indienne et des pots de vin sont versés à cette occasion. Des dépêches annoncent le passage à la dissidence d’un des leurs_ député par surcroît !_  qui élabore, avec la complicité des autorités indiennes, le rattachement des quatre comptoirs sans référendum et aussi le départ des européens.

Il s’ensuit un différend entre ce député, (censé  représenter ses compatriotes du comptoir)  et le gouverneur Ménard .Celui-ci le met  en cause au sujet du déficit sur les recettes des contributions directes dont il avait la direction en tant que conseiller du gouvernement.  Le député, avec ses amis, maire et conseiller, se livrent, pour toute réponse, à toute une série éhontée de tractations. Il met à mal et le gouverneur et l’ensemble des décisions qui doivent présider aux discussions finales sur le référendum ou le rattachement pur et simple des comptoirs. Enfin, de multiples enquêtes sur le personnage et ses amis en fuite_ menées par l’Assemblée Nationale_ aboutissent à un mandat d’arrêt, entraînant la levée de l’immunité parlementaire.

Sur ces entrefaites, Yanaon vote de son propre gré le rattachement de l’Inde, face à une certaine impuissance  du gouvernement Laniel. Tezenas du Montcel retourne à Pondichéry pour décrire l’état dramatique du territoire.

Mendés France succède à Laniel en 1954 et tente  d’aboutir , par voie de négociation, à une solution concertée avec l’Inde, en présentant les suggestions utiles pour la conservation des droits et avantages consentis par la  France aux ressortissants français de l’Inde.

DEUX ÉTAPES JURIDIQUES SE METTENT EN PLACE.

C’est ainsi que le gouvernement français accepte_ après discussions sur les modalités de prise en charge de chacun des partis sur les territoires_ le transfert « de facto ». Il envisage, à une date ultérieure, le transfert « de jure » en renonçant au référendum.

Pour ceux que ces deux termes latins peuvent rebuter, je tente une explication pour la suite des événements :

En effet, deux étapes de discussion sont convenues dans les transferts des territoires à l’Union Indienne

  • ’’ de facto’’ (de fait) : à ce moment  précis, on analyse la situation des comptoirs et on planifie les modalités de cette’’ prise en charge’’
  • ’’de jure’’ (selon le droit) : à cette période, il convient d’entériner, de décider du sort des territoires sur la base des accords antérieurs ’’de facto’’ par un référendum en règle.

Aussitôt après avoir connu la nouvelle de la proposition française de facto, VALOT l’ancien directeur de l’usine  Savana est secondé par mon père dans la présidence d’un comité de défense des intérêts français. Avec un regroupement non négligeable de militaires retraités et de quelques retraités civils, ils forment un bloc monolithique pour combattre le transfert éventuel sans référendum qui traduisait clairement les velléités d’abandon des territoires.

Je devais aller sur mes 13 ans en 1956, lorsqu’il m’a été donné d’observer mon père à des moments particuliers et assez intenses.

En effet, le choix de M. Valot  qui aspirait à se présenter contre le député en place aux élections, s’était porté sur la forte personnalité de mon père,  pressenti pour entreprendre avec lui ce nouveau combat. Ceci pour se rappeler au bon souvenir de feu son oncle paternel, l’impétueux avocat qui avait brillamment défendu SAVANA et aussi en souvenir du père de la renonciation.

Les intérêts français risquaient, en effet, d’être tout bonnement vilipendés au mépris de toutes les règles. Tous deux s’employèrent ainsi à élaborer un discours circonstancié et exhaustif sur cette question qui devait interpeller les parlementaires français.

L’urgence était  donc de travailler pour obtenir l’assurance formelle du gouvernement français que les droits et intérêts des ressortissants français de l’Inde seraient respectés quant à leur avenir, à savoir :

  • L’héritage de la culture française qui a trop longtemps rayonné dans ces comptoirs pour que les populations entendent conserver ce capital.
  • La conservation des avantages consentis par la France à ces populations sur le plan social, traitement, salaires e t c…
  • La double nationalité aux enfants du pays, de nationalité française.
  • Un régime transitoire, enfin, permettant à la génération actuelle de s’adapter aux conditions nouvelles d’existence et à la génération future d’être éduquée, instruite à la façon indienne, pour ainsi devenir apte, plus tard,  à faire carrière en Inde.

Les accords franco-indiens sont signés à Delhi, après de multiples soubresauts dans les deux camps, sans parler du spectacle de la chute évidente de Yanaon et Mahé. Les responsables français ne contrôlent plus la situation qui dégénère par les violences des nationalistes indiens, lesquels  sont en réalité en position de force et aident l’étau à se resserrer.

Les passations de pouvoir se succèdent en Octobre 1954. Le vote d’un ordre du jour s’effectue dans le village de  Kijeour, à quelques encablures de  Pondichéry et  à cheval sur la frontière franco-indienne. Ce vote est rendu inégal par 170 voix contre8  pour le transfert  « de facto ». Il facilite ainsi la tâche perverse du député et de ses acolytes qui mettent les élus pro- français dans l’impossibilité de s’y rendre.

On assiste,  en définitive,  à une parodie de consultation populaire, stigmatisée par nombre de députés en France et qui s’opposent à la ratification des comptoirs. Ils estiment que les populations n’ont pas été consultées et  que  le transfert « de facto » leur paraît illégal.

Les multiples interventions  auprès de Mendés France, puis d’Edgar Faure sur les garanties administratives, judiciaires et financières assurées et signées par les gouvernements indien et français _ reçoivent un écho favorable  de principe, en attendant de voir  comment évolue la situation des comptoirs, en fonction de l’installation progressive de l’administration indienne.

Celle-ci inclut Pondichéry dans son plan quinquennal de développement : création de dispensaires, centres d’aide sociale, ouverture de nouvelles écoles, création de coopératives de tisserands et travaux de développement des irrigations, sous étiquette congressiste, bien évidemment.

L’administration indienne veut procéder, dans les anciens comptoirs, aux élections municipales et même au renouvellement de l’assemblée représentative, bien qu’elle n’ait pas atteint son terme légal.  Cependant la représentation française est, à peu de chose prés, inexistante. Elle semble jouer le jeu honnêtement évitant d’apporter toute entrave à l’administration indienne investie de l’autorité par les accords de Delhi.

 MULTIPLES ATERMOIEMENTS DANS LES ACCORDS FRANCO- INDIENS.

Les anciens établissements français de l’Inde  se trouvent aussi dans une situation de régime provisoire qu’on peut comparer à celui d’un immeuble occupé par une personne qui aurait reçu une promesse de vente, mais sans fixation de prix. Il est tout naturel que l’occupant cherche à s’en tirer au meilleur compte. Il serait aussi naturel que le propriétaire cherche également à tirer le meilleur parti de son immeuble. Or, il en va autrement dans ces comptoirs.

Quand les élections, conduites savamment par le congrès auront donné une majorité inattaquable à l’Inde et ratifié par là le vote de Kijeour, on se demande bien ce que la France pourra encore réclamer.

L’accord franco-indien prévoit que le régime des municipalités et l’assemblée représentative devrait rester ce qu’il était. Ainsi donc le régime électoral en est la base. Mais aux prochaines élections, on a décidé que les sujets indiens domiciliés dans les comptoirs auraient les mêmes droits que les Français. Ils pourraient être aussi bien éligibles qu’électeurs. Un point n’est pas encore éclairci, c’est celui des conditions nécessaires pour être élu.

Si le gouvernement français avait attendu la fin du mois d’octobre 1954 pour que les mandats des conseillers municipaux soient périmés, il aurait été obligé de procéder à de nouvelles élections. Le résultat aurait été tout le contraire de ce qu’il a  été.  Car on sentait qu’il y avait dans la population un très vif courant pro-  français. Mais comme il ne se manifeste que par une timide protestation contre les abus de l’autorité de fait, le champ libre est laissé aux vendus de la politique qui n’ont joué le jeu du patriotisme français que pour mieux se débarrasser des Européens dans le pays.

Où en est la cause ? Ce n’est pas l’Inde qu’il faut accuser, mais bien l’absence de tout encouragement de la part du gouvernement français. En effet, il avait toujours été considéré comme admis que le transfert ne se ferait pas sans référendum. Mais l’Inde n’en a pas voulu parce qu’elle savait pertinemment qu’elle le perdrait. Mais à présent qu’elle a en mains tous les leviers de commande, elle voit la question différemment et veut faire des prochaines élections l’équivalent d’un référendum. On se demande pourquoi la France devrait rester là, inerte, et  laisser faire.  Elle pourrait à tout le moins gagner la partie morale. Cela lui permettrait d’imposer au transfert des comptoirs des conditions autrement avantageuses que le néant des accords de Delhi_ tant pour elle que pour les populations qui lui étaient attachées depuis environ trois siècles.

En1955, un régime électoral indien, ordonnancé par le haut commissaire indien de Pondichéry, est entré en vigueur, tant pour les élections municipales que pour les élections de l’assemblée représentative.

Les partis politiques, ainsi que les candidats indépendants, sont représentés par des symboles : Eléphant ( pour le front du peuple) ; Lion ( pour le parti du congrès national du député en place) ;  Buffle ( pour le parti du congrès dissident) ; Lever du soleil ( pour le candidat indépendant  Marcel  Valot,  ancien directeur général de l’usine S a v a n a et président du comité de défense des intérêts des ressortissants français.

Valot  a posé sa candidature pour briguer un mandat de conseiller municipal dans la propre circonscription de ce député à Pondichéry. Résultat : VALOT élu, et le député battu.

Le front du peuple, qui a fait une campagne à outrance contre le parti du congrès, remporte une éclatante victoire à   Pondichéry . : 12 sièges sur 18. Dans les huit communes environnantes, il dispose de 54 sièges contre 30 au congrès national et 12 au congrès dissident. Il a la majorité absolue dans quatre autres communes. Les électeurs en général ont donc voté contre le parti gouvernemental et les électeurs de Pondichéry ont élu un Français de la métropole en refusant de réélire le premier adjoint sortant.

Pondichéry a donc voté français !

En métropole, il faut comprendre les préoccupations du moment. C’est le drame algérien où  la  France joue son destin. Chez le directeur de cabinet de Guy Mollet, un volumineux mémoire est  remis, classé parmi les dossiers urgents. Ce mémoire  relate les événements survenus dans les comptoirs depuis l’année 1948 jusqu’à l’accord « de facto » d’octobre 1954, en passant par le référendum de juin 1949 concernant  Chandernagor.

Les droits et privilèges acquis  y avaient été énumérés, le problème de la double nationalité traité, un régime transitoire suggéré, une commission tripartite sollicitée. Celle-ci  serait composée de représentants indiens, français et des personnalités des comptoirs. Les suggestions  avaient été recueillies par les observateurs neutres et par l’ambassade de France à New Delhi, ces dernières en qualité de conseillers techniques, d’autant plus que l’ Inde française n’était représentée ni à l’Assemblée Nationale, ( depuis la dissolution de la chambre intervenue en décembre 1955) , ni au Conseil de la  République.

Le traité de cession des quatre comptoirs, prévu par l’accord «   de facto », est enfin signé à New Delhi le 28 Mai 1956. La commission  des affaires étrangères, après avoir pris connaissance du rapport  Devinat,  émettait à la majorité un vœu favorable à la ratification, sans amendement, du traité de cession.

Ce dernier ne fut jamais discuté en séance publique.

Concernant  la double nationalité, il est demandé aux gouvernements français et indien d’étudier cette éventualité, avant la ratification dudit traité. Si l’on  pense en effet à l’avenir des anciens comptoirs  français de l’Inde, on ne peut oublier, au-delà des problèmes politiques et économiques le cas très particuliers des «  renonçants », défini par le décret du 21 septembre 1881 sur la renonciation, à savoir :

  • qu’ils ont la qualité de citoyen au même titre que les nationaux français de la métropole. Ils jouissent des droits attachés à la qualité de citoyens français et sont soumis aux mêmes obligations. Avant la ratification du traité de cession par le parlement, la question du droit d’option de nationalité doit être réglée par une négociation franco-indienne.

Ce conflit intérieur, qui trouble ces Français, se pose moins en termes politiques qu’en termes psychologiques. Certains d’entre eux se sont retirés définitivement dans leur pays d’origine, notamment en qualité de retraités civils ou militaires. Ils se sentent, sans éprouver autrement le besoin de se définir, à la fois indiens et français. C’est également  vrai pour un petit nombre de Français de souche implantés en Inde depuis plusieurs générations.

C’est pourquoi, l’octroi de la double nationalité aux ressortissants français de l’Inde ne serait pas une innovation. Bien plus, elle  peut se prévaloir d’assez nombreux précédents : entre autres, celui de la nationalité britannique des citoyens du Commonwealth qui possèdent aussi la nationalité de leur pays d’origine, avec détention de deux passeports et donc de double protection.

Si la France et l’Inde admettent la double nationalité pour les ressortissants des anciens comptoirs français, seraient alors  résolues toutes les garanties dues à ces populations. Il en est de même des questions de droit de circulation vitales tant pour les renonçant résidant en Inde que pour les  non-renonçant  se trouvant en France. La double nationalité est un avantage appréciable. Elle interdit toute ingérence d’un état à l’autre, du fait de la   protection de ressortissants et laisse intacte la souveraineté de chacun des deux pays.

En dépit de tous ces arguments exposés, la double nationalité fut rejetée par l’Inde.

VERS UNE PARODIE DE CONSULTATION.

Le défaut de consultation populaire dûment constaté fait toujours débat et le traité n’entrait guère dans les détails sur beaucoup de points qui auraient gagné à être éclaircis. Il est, en effet, demandé expressément aux parlementaires de se préoccuper de la question vitale de la sauvegarde des droits et intérêts des ressortissants de l’ancienne Inde française : Indiens, Vietnamiens, et Eurasiens pourraient se trouver dans des conditions matérielles précaires, dans la mesure où ils refusent de renoncer à leur citoyenneté française.

Des  journaux comme le Monde et l’Union française, ainsi que le Parlement sont également saisis de la question.

Le système de cogestion, un condominium franco-indien a été discuté avant le transfert «  de facto » des comptoirs du 21 Octobre 1954, par  les deux gouvernements français et indien. Il fut abandonné, la démarche n’ayant donné aucun résultat. C’est pourquoi les revendications exposées  doivent être réglées avant la ratification du Traité de cession du 26 Mai 1956. Celle-ci  resserra les liens qui unissent  l’Inde à la  France, en conservant dans le territoire de Pondichéry le patrimoine culturel, qui est une des plus pures gloires de la France, en faisant aimer l’âme française et en permettant de favoriser l’interpénétration de plus en plus étroite des deux civilisations, si différentes d’aspect mais proches l’un de l’autre, par leur esprit et par leur tendance fondamentales.

Il  s’agit de la conservation de la culture française, des avantages consentis par la France aux populations, au point de vue social, traitement, salaire, lois sociales ouvrières etc.. Il s’agit aussi d’obtenir une situation équitable à celle des enfants du pays qui conserveraient la nationalité française, d’insister encore sur l’utilité de la double nationalité, d’obtenir enfin un régime transitoire permettant à la génération présente et celle qui suit de s’adapter aux conditions nouvelles d’existence.

L’intention du gouvernement indien étant d’incorporer politiquement les possessions françaises à la mère Inde, il ne serait donc pas impossible d’obtenir de celle-ci la sauvegarde des droits et intérêts des ressortissants des anciens établissements français.

Toutes ces questions pourraient être réglées par une commission composée de délégués indiens et français. Ces derniers seraient assistés d’un ou plusieurs enfants du pays, représentant l’élite autochtone, lesquels furent longtemps mêlés à divers pourparlers précédant la cession en qualité de conseillers  techniques. On estime en outre qu’ils sont à même de soumettre les suggestions touchant les besoins réels de leur compatriotes, jusqu’au moindre détail.

Après la motion défavorable votée par la commission des Territoires d’Outre-Mer de l’Assemblée Nationale, la session ordinaire s’est achevée sans que soit discuté en séance plénière le projet de loi portant ratification du traité de cession du 28 Mai 1956.

On assiste à l’avènement de la Ve République par l’arrivée du général de Gaulle. Michel Debré, Garde des Sceaux, est saisi du problème de la participation des Français originaires de l’Inde, qui se sont retirés définitivement dans ce pays et, plus tard, Maurice Schumann, Président de la commission des affaires étrangères à l’Assemblée Nationale.

En novembre 1961 une délégation parlementaire qui se trouvait à New Delhi se rendait à Pondichéry pour étudier sur place la situation des anciens comptoirs français.

Michel Boscher, de la délégation, reconnaissait que des erreurs avaient été commises par le maintien en place d’hommes politiques locaux_ plutôt ambitieux et intéressés_  par le moyen d’élection à la régularité douteuse, et qu’on ne peut pas méconnaître la valeur des arguments d’ordre juridique  (le transfert de souveraineté n’ayant pas été soumis à l’approbation directe de la population).

La situation présente qui comporte un caractère irréversible ne saurait se prolonger longtemps encore. Dés lors, la ratification_ loin de porter préjudice aux habitants des établissements_ ne peut que tourner à leur avantage, particulièrement si un certain nombre d’améliorations sont apportées au traité.

M. Boscher assurait qu’après la ratification du traité de cession, des précisions et améliorations  interviendront concernant la sauvegarde des droits et intérêts de la population.

Elles feront l’objet d’une négociation avec l’Inde. Les questions concernant la nationalité, l’organisation judiciaire, les traditions, les droits acquis, les problèmes d’ordre  culturel,  ceux des retraités et pensionnés militaires, les problèmes fiscaux, ceux des immeubles demeurant propriété française. Ils seront discutés par une commission mixte composée de trois représentants du gouvernement français et trois représentants du gouvernement indien. Cette mesure sera à l’image de celle prévue pour l’application de facto.

Réunie plusieurs fois en 1955 et en 1960, elle était parvenue à régler certains problèmes concernant le versement de diverses  pensions et rappels de traitement.

Le rapporteur, M. Boscher- après avoir fait l’historique de la présence française en Inde et retracé l’évolution récente de la situation économique et administrative des établissements français- définissait les problèmes nés de l’indépendance indienne. Il rappelait aussi les grandes étapes des négociations entre Paris et New-Delhi. Ces négociations avaient abouti à l’accord de transfert de facto du 21octobre 1954, suivi par le traité de cession de jure du 28 mai 1956.

M. Boscher étudiait d’autre part la situation actuelle des comptoirs : géographique, politique et humaine, statut en droit international, applications des accords de 1954. Il analysa ensuite les dispositions du traité de 1956, en les comparant à celle de l’accord de 1954. Il fit état des objections soulevées contre le principe de la ratification et  estimait que les objections tirées des questions de fait paraissaient beaucoup moins solides.

Il ajoutait que le problème de la cession des comptoirs doit être ramené à sa juste proportion. Il ne s’agit pas d’abandonner des populations françaises à un joug étranger, mais en réalité d’entériner un état de fait. Que se passera –t-il si le parlement français refuse la ratification ? Cela aboutirait à enlever à notre pays tout le bénéfice moral de la décolonisation  sans pour autant lui assurer le maintien de ses comptoirs.

Ce refus priverait,  en outre, les citoyens des établissements des réelles garanties incluses dans le traité de 1956. Il ne leur laisserait même pas les avantages qui leur sont consenties par l’accord de 1954. Il aurait surtout pour effet de mettre à mal les relations cordiales tant  politiques qu’économiques que notre pays entretient avec l’Inde, connue pour son rôle mondial, sa position de principale puissance neutre de l’Asie vers laquelle regardent tant de peuples récemment nés à l’indépendance, et le poids de son autorité dans les conseils internationaux.

M. Boscher concluait que rien dans ce traité n’est incompatible avec l’honneur de la  France, où les intérêts des principaux intéressés peuvent être sauvegardés.

Les raisons qui autorisent la ratification sont assez fortes, tant sur le plan de l’avenir des populations des établissements que sur celui de l’avenir des relations franco-indiennes.

Il proposa au nom de la commission des Affaires étrangères d’autoriser la ratification, en insistant sur l’ouverture immédiate des négociations complémentaires.

Mr Raymond Dronne estimait pour sa part que l’Assemblée devrait rejeter ce traité contraire à la constitution, comme au droit international. Il était donc indispensable d’obtenir en faveur de la minorité française un certain nombre de garanties légitimes. La ratification ne devrait intervenir, au contraire, qu’après avoir obtenu ces garanties__ seule procédure conforme à l’intérêt et à l’honneur de la  France. Il déposa, à cet effet, une question préalable afin de surseoir à la ratification de ce traité.

M. Couve de  Murville n’étant pas de cet avis déclarait que l’accord de 1954, puis le traité de 1956, a  créé dans les quatre comptoirs français une situation irréversible. Il disait que la consultation organisée en 1954 auprès des élus ne laisse pas de doute sur les sentiments de la population !… Bien au contraire, la majorité de la population croyait avoir été livrée comme du « vil bétail ». Si la question préalable était votée, il ne faut pas espérer, ajoutait-il, que les autorités indiennes acceptent de rouvrir les négociations.

En revanche, une fois le traité ratifié, la discussion pourra reprendre sur un certain nombre de points. Le gouvernement de l’Inde  l’a tout récemment admis officiellement, concluait le ministre des affaires étrangères

Après cette réponse, la question préalable fut repoussée. Des parlementaires apportaient tour à tour leurs observations, l’un critiquant les dispositions du traité, l’autre déplorant le retard de sa ratification et un troisième affirmant que le prestige de la  France  demeurait grand dans les pays du tiers monde.

Le projet de loi  fut adopté après ces observations.

La loi du 31 juillet 1962 ratifiait ce traité de cession des établissements français de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon, signé à  New-Delhi le 28 mai1956,  faisant suite à l’accord franco-indien du 21octobre 1954.

Ainsi prit fin la présence française en Inde, après l’abandon des quatre comptoirs restants, à la suite d’une parodie de consultation populaire…

Un peu plus tard, M. Nehru, Premier ministre de l’Inde, promettait que tout serait mis en œuvre pour que Pondichéry reste un centre de culture française et une fenêtre ouverte sur la civilisation française__ et ce, lors d’une visite effectuée à Paris, reçu par Georges Pompidou, afin de rencontrer le général de Gaulle.

En 1963 se pose le choix de la nationalité, et les dispositions du traité de cession du 28mai 1956 stipulent que les nationaux français nés sur les territoires de Pondichéry, Karikal, Mahé et Yanaon et qui y sont domiciliés, deviennent nationaux et citoyens de l’union indienne__ sauf option formulée par eux pour conserver la nationalité française.

Après ce geste de confirmation accompli par bon nombre de  Pondichériens, le consulat général de France à  Pondichéry  fait circuler un avis vers fin janvier 1963. Cet avis  fixe un délai de quinze jours, expirant le 16 Février 1963, pour faire la déclaration d’option par écrit à ce consulat. Ce court délai avait surpris de nombreux citoyens français, notamment des malades qui ont été empêchés de faire leur déclaration dans le délai prescrit.

De ce fait, contre leur  volonté et à leur grand regret, ils sont devenus d’office  nationaux et citoyens  de l’Union indienne.

On en est arrivé à une situation ubuesque en  bafouant de la sorte le  décret du 21 septembre 1881 qui ouvrait la faculté aux natifs des comptoirs français de l’Inde de renoncer d’une manière définitive et irrévocable à leur statut personnel, non seulement pour eux, mais aussi pour toute leur descendance !

Pour ma part, j’ignore si,  par la suite, la situation de ces citoyens malheureux a pu être résolue au cas par cas afin de corriger cette initiative maladroite des services consulaires_  à moins que ces dispositions ne soient rendues définitivement forcloses.

Il me revient ces paroles de l’aïeul  Ponnoutamby , qui les prononça quelque temps avant sa mort et rapportées encore par mes parents :

« Tout homme a deux patries : la sienne et la France »

Cet homme qui était la sagesse même, n’a-t-il pas voulu faire entendre par là que l’être humain, d’où qu’il soit, et sans renier ses origines, est amené à connaître la culture française rayonnante dans le monde et vit ainsi en symbiose avec la sienne propre.

A cet égard,  des interprétations diverses et incohérentes ont été avancées.

Nul ne peut en effet ignorer son pays d’origine. Il est clair que le choix de la nationalité d’un autre pays  n’altère en rien le bon usage des us et coutumes de son propre pays, dans la mesure où tout s’effectue dans un respect mutuel et en parfaite harmonie.

Est-il besoin de souligner que les plus reconnaissants à son égard,  parmi ceux qui ont pu sortir de leur condition de caste, avaient à sa mort, prononcé une oraison funèbre en langue tamoule, dont voici la courte traduction dans son intégralité :

« Comme très peu, on ne reverra plus quelqu’un sur cette terre ( REFRAIN)

1er couplet : Lui seul grand, lui seul illustre corps

Souffle tout des biens pour le monde

Que Dieu de l’homme a fait don

«  Comme très peu, on ne reverra  plus quelqu’un sur cette terre »

Il a perdu les biens, il a gagné la renommée

Il a ouvert la porte pour le bien-être de ses compatriotes communs

« Comme très peu, on ne reverra  plus quelqu’un sur cette terre »

Cette traduction a été transmise par un de mes grands cousins, disparu, il y  a  peu. Dommage qu’il n’ait pensé à apporter aux siens une plus grande somme de renseignements sur cette époque précise.

Un vœu pieux avait été formulé par bon nombre de gens reconnaissants pour la réalisation d’une stèle à n’élever que  plus tard en sa mémoire mais… jamais concrétisée. L’état de délabrement de cette tombe de l’aïeul laissée à l’abandon était tel que le monticule de terre qui la recouvrait s’était tassé au fil du temps, au point de se confondre aux autres.

Elle faisait bien pâle figure à côté de celle plus grande, en hauteur, des membres défunts de la famille. Cette situation était devenue insupportable à mon père, pour qui le culte du souvenir, une fois l’an, se devait d’être célébré. Il en avait fortement imprégné l’esprit de ses enfants ; ce culte, chacun le sait, a disparu de nos jours, à de rares exceptions.

Mon père finit par prendre le taureau par les cornes et  prit ainsi l’initiative d ériger une tombe à la dignité de cet homme vénéré, en marbre blanc, dans la plus grande sobriété au cimetière de Pondichéry.

Bien évidemment, on ne peut s’empêcher de penser à l’action  de Gandhi__ pas comparable, en termes de dimension,  comme je l’ai dit au  début de mon  ouvrage, à celle de mon arrière- grand- père. Car Gandhi devait, lui, affronter un occupant bien plus coriace, lequel avait pris ses racines  plus profondément dans la majeure partie du pays, donc sur une échelle plus grande.

 APPARENTE SIMILITUDE D ACTION ENTRE GANDHI ET MON AIEUL.

L’idée lumineuse qui  avait effleuré, en effet, l’esprit du Mahatma venait principalement, me semble t-il, d’avoir été expulsé du wagon du train de première classe en Afrique du sud. Il en occupait pourtant le siège en bonne et due  forme, d’autant plus qu’il avait rendez- vous avec le juge du tribunal. Cette idée était renforcée par l’accumulation de nombreux problèmes rencontrés par la communauté indienne dans l’état du Transvaal,  qu’il avait essayé de résoudre, en tant qu’avocat.

Tout simplement, il demandait  à ses amis les Anglais_ ainsi qu’il les considérait_ de se préparer à quitter l’Inde, mais bien  après avoir tenté de demander la création d’un condominium en quelque sorte et sans succès. On connaît la suite de son action avec l’application stricte du  Satyâgraha ( résistance  passive ) qu’il s’employa à marquer dans l’esprit des Indiens, sur le chemin de l’indépendance.

Et j’en arrive à son combat sur l’intouchabilité (comme mon ancêtre) : Gandhi  a œuvré pour que soit inscrit dans la constitution indienne l’égalité de tous les Indiens, sans distinction de caste. Cela a été difficilement admis et digéré par les classes dirigeantes du pays, en dépit des quota accordés en faveur de ces Harijans ( les  intouchables )  au sein du gouvernement.

A l’inverse,  le mien__ par le biais de la citoyenneté française acquise par renonciation à son propre statut (celui-là même qui conditionnait le « proscrit » dans l’Inde anglaise)_ accomplissait librement et en toute connaissance de cause ce geste solennel, inspiré par l’esprit de la révolution française de 1789.

De ce point de vue là, il me semble qu’il avait été possible à mon ancêtre, plus que Gandhi, de réaliser une percée significative en faveur des Harijans, comme d’ailleurs de sa propre caste dont il désirait se détacher (l’affaire de la paire de savate et ses conséquences).

L’action de chacun d’eux était, en réalité, appropriée au milieu et aux circonstances. Tous deux ont tenu compte du régime politique où ils vivaient et qu’ils ont soigneusement étudié. Pour aucun d’eux la tâche n’a été facile, obligés qu’ils étaient, à leur niveau, de se façonner une conduite devant le terreau qui s’offrait à eux.

La communauté indienne des établissements français est concentrée en majeure partie en région parisienne et le reste en province ou à Pondichéry.  A cet égard, il faut retenir que  les franco-pondichériens  demeurent les réels descendants des  renonçant au statut personnel, autant que des témoins vivants et les porte-parole de la présence et de la culture française pendant prés de trois siècles. Et cela concerne tout particulièrement ma propre famille dont le nom patronymique si significatif a su honorer cette présence française en maintes occasions, et de façon marquante, animé par l’esprit de « l’ancien ».

Ce que j’en ressens personnellement, d’une manière générale, c’est que dans la mesure où j’adhère à mon pays d’adoption par le cœur et l’esprit, je le considère mien. Il s’est inséré en moi et je fais partie de lui. En conséquence, je me sens le droit d’agir et de le critiquer ou de le louer en fonction de ce qu’il représente en bien ou en mal, dans chacun de ses aspects.

Parallèlement, si ce pays me respecte, s’il reconnaît mon apport, s’il me considère avec mes particularités comme faisant partie de lui, alors il est en droit de refuser certains aspects de ma culture qui pourraient être incompatibles avec son mode de vie ou ses institutions. Dans cet esprit,  et après avoir traversé bon nombre de continents, je pense me considérer comme un citoyen du monde, apte à comprendre les peuples dans toute leur diversité. Rien de ce qui est humain ne m’est indifférent ni  étranger, et ce, au-delà de toute considération raciale, d’où viennent d’ailleurs tant d’incompréhensions  parfois dans les rapports humains.

Ne voilà-t-il pas qu’en achevant mon manuscrit, le journal télévisé de 20h  m’apprend qu’un mur a été érigé quelque part dans le sud de l’Inde pour séparer les intouchables  des hautes castes.

Au palmarès de la bêtise humaine, il ne manquait  plus que cela.

J’ai envie de crier, le cœur en peine, pour manifester  ma consternation ; décidément, cela leur colle à la peau à ces prétendus êtres de caste supérieure et ils ne s’en sortiront pas avant encore bien des décennies ! On est en effet abasourdi devant cette mesure ignominieuse, ce mur de la honte (entre autres) qui dépasse l’entendement, surtout en ce XX1eme siècle. Elle entache et mine  profondément encore la société indienne si fière de ses traditions avec, comme vecteur principal, l’hindouisme et ses multiples facettes dans ce qu’elle peut comporter (toutes proportions gardées) de  nuisible et de préjudiciable à l’évolution humaine. Je pense notamment à la littérature, la danse classique, aussi bien qu’à l’architecture et à la musique indiennes si pleines de grandeur et de beauté.

J’ose espérer cependant que le mur sera détruit progressivement, puisque ceux qui en sont victimes s’y attèlent, comme on a vu sur les images_ encouragés par quelques élus conscients de ce phénomène grave.

L’Inde,  pays émergeant, gagnerait à obtenir une meilleure image de marque sur l’échiquier international, dans la mesure où de radicales améliorations  verront le jour sur ce problème de la caste qui a, de tout temps, gangrené le corps social.

Il est source de conflits latents qui constituent un frein à une certaine progression par rapport à sa voisine la Chine (réserves faites toutes fois, dans certains domaines). Depuis peu un curieux interventionnisme religieux sévit dans la région et se radicalise par son intolérance. Tout cela va aussi à l’encontre des grands principes de la plus grande démocratie du monde qu’on lui reconnaît. A ce sujet, le lecteur lira, à la fin de mon manuscrit, un additif que je développe, suite à un récent voyage au pays.

Rajmohan  Gandhi aura sans aucun doute l’occasion de se manifester sur ce sujet récurrent. Une fois de plus, cette nouvelle vient éminemment renforcer et saluer les combats menés naguère par Gandhi et mon aïeul, combats qui restent plus que jamais d’actualité,  au regard de ceux menés pour les droits et la dignité  de l’homme.

Mes réminiscences et  mes réflexions se terminent  là. J’ai  tenté de faire revivre mon « vieux » sur cette partie historique précise,  non sans une pensée tendre et affectueuse, avec ses contemporains, quelques-uns de sa lignée et, au passage,  en la compagnie du Mahatma Gandhi que j’ai voulu comme suprême référence .La notoriété mondiale de celui-ci dans ses multiples actions revendicatives  et symboliques par le jeûne, les  grèves de la faim, la  marche du sel, et j’en passe…m’y a inspiré.

On ne peut oublier au passage l’action du Dr docteur Bhimrao AMBEDKAR,  personnage d’une grande intelligence qui a réussi à créer un parti politique réunissant tous les intouchables du pays. Elle date de la rédaction du texte de la nouvelle constitution de l’Inde indépendante qui leur a ouvert des portes parallèlement. A souligner aussi le rôle admirable des femmes indiennes, rôle marquant sur le plan social et dont la contribution a changé la donne. Face au poids des traditions il s’est mué en une émancipation lente et progressive qui a porté ses fruits dans de nombreux domaines.

Le petit-fils  Rajmohan Gandhi, semble bien avoir pris actuellement le relais de son grand-père en orientant son enseignement à l’université d’Urbana  aux Etats-Unis vers une culture de la paix, car le monde en a cruellement besoin…

A présent, chacun est censé connaître, et percevoir selon sa sensibilité, l’histoire de cet aïeul oublié au fil du temps. Par ce témoignage authentique et sincère, j’ai eu le souci d’être objectif,  taisant volontiers les noms de ceux-là mêmes qui, au pays, en tant que représentants politiques,  n’ont pas toujours œuvré malheureusement dans la bonne direction.

L’histoire de l’aïeul est  dédiée aussi à l’intention de ma famille directe. C’est à mes parents que je dois sans doute aussi d’avoir été amené à parler de cet homme dont la flamme a toujours été entretenue. Ma mère qui nous a quittés récemment me répétait à l’envi quelques uns de ses gestes et paroles. J’aurais, parait-il, quelque peu la commissure de ses lèvres et, par moments, son large sourire.

Actuellement, les liens qu’entretiennent la France et l’Inde sont bons et restent au même diapason et_ je ne le dirai jamais assez_ grâce à ce qu’a pu insuffler mon ancêtre et ces grands hommes qu’il a connus et qui l’ont accompagné, sans hésiter, dans sa noble démarche et puis, enfin, ceux qui, par la suite, en ont assuré la pérennité.

Il me semble souhaitable qu’une meilleure approche à l’endroit  des ressortissants français de l’Inde, imprégnés de culture française, puisse  s’opérer concrètement de la part des deux pays.

Ainsi,  je pense qu’à propos du visa de longue durée, les ressortissants français ne peuvent  qu’espérer des améliorations de la part du gouvernement indien, comme la simple  justification de la carte nationale d’identité française. Celle-ci devrait en effet  suppléer à celle du certificat de nationalité française, afin d’éviter les tracasseries administratives complémentaires. Cette mesure aurait aussi, pour effet salutaire, d’améliorer la charge de travail des services consulaires du visa.

Comme je l’avais exposé plus haut, concernant la double nationalité, si encore actuellement cette obtention n’est pas envisageable (ce que je comprends dans une certaine mesure ),  malgré la double protection qu’elle présente, ces deux pays, ( France et Inde) pourraient à tout le moins comprendre ce sentiment : celui de se sentir à la fois indien et Français.

Car le monde change, subissant tous les bouleversements géopolitiques que l’on connaît. De nouvelles donnes se font jour avec la mondialisation, ce qui confère à l’esprit humain une plus grande ouverture dans la compréhension des événements.

Le présent ouvrage s’adresse par ailleurs aux cousins, cousines,  neveux et nièces dispersés ici et là. Ils seront probablement amenés à le lire _même s’ils sont  vaguement au courant de l’histoire de l’arrière grand père _ ou s’ils sont simplement ignorants de la question.

Les voilà donc affranchis, ainsi que leur descendance sur l’exemple de cet homme qui a bel et bien laissé un héritage lourd de sens.

J’ai également une pensée pour mes anciens condisciples de classe perdus de vue, des collègues de bureau et tant d’autres qui peuvent néanmoins se manifester à l’occasion pour en débattre.

Je leur répondrai du mieux que je pourrai sur cet événement historique dont la page est maintenant définitivement tournée et qui, à mon sens, gagnerait à être lue, par tous les Français de France et de Navarre.

J’inviterais certains d’entre eux, à se référer, si besoin est, aux nombreux ouvrages qui traitent du système des castes et de l’histoire de l’Inde en général s’ils estiment que je ne me suis pas assez étendu sur la question. Et puis maintenant Internet n’est-elle pas d’un grand secours ?

En effet, j’ai abordé ce problème brièvement à chaque fois que cela s’avérait nécessaire, pour me concentrer sur l’action principale de  mon  arrière-grand-père- dont la courte vie ne m’a, hélas, pas permis d’en dire davantage que ce qui a pu m’être rapporté.

 REFLEXIONS SUR MES DEPLACEMENTS EN INDE.

Un récent circuit que j’ai effectué en Inde appelle quelques réflexions : des amis français qui ont participé à ce voyage ont leur part d’impressions qu’ils seront amenés à exprimer d’une manière ou d’une autre.

En tout cas, nous sommes unanimes à avoir été frappés par une pollution environnementale désastreuse et inquiétante : sacs en plastique et déchets de toutes sortes  jonchent les rues, comme les trottoirs, bien que chacun balaie devant sa porte tous les matins. Ces déchets sont charriés vers les cours d’eau au gré du vent, créant de  véritables cloaques et des égouts à ciel ouverts.  Ce spectacle est à vous couper le souffle. Mais la  grande admiration du voyageur, c’est cette population qui vit avec si peu et sait se montrer digne, ne serait-ce que  par le port vestimentaire impeccable  des enfants, des écoliers dont le regard pétillant et même gouailleur fait vite oublier cette pauvreté omniprésente- cette population à qui on ne peut que renvoyer son sourire et sa gentillesse légendaires.

Le comble, par ailleurs, c’est de voir ces braves et douces vaches- qui n’ont de sacrées que le qualificatif- laissées volontairement par leur propriétaire à l’abandon, sans doute pour quelques heures, déambuler dans les rues, se nourrir de sacs en plastique, entre autres,  et finir par en crever dans des conditions affreuses. A croire que les hindous, encore de nos jours, ne conçoivent toujours pas  pour ces malheureux bovins, un enclos décent et propice à leur entretien. Pourtant, le problème semble être pris à bras le corps, dans les rues de  Bombay ou Delhi depuis quelque temps, sans doute parce qu’il devait  gêner quelque richissime du coin, mais j’aime à croire qu’il sera généralisé aux fins fonds des provinces.

Tout de même, ce grand pays possède et  maîtrise l’arme nucléaire, l’informatique ; on n’en compte pas le nombre de cerveaux éminents dans tant d’autres domaines, ainsi que,  cerise sur le gâteau  peut-on dire, une richesse opulente avec un groupe non négligeable de milliardaires…Cela dépasse l’entendement ! Comme les choses peuvent être améliorées sur le plan humain, même avec une relative pauvreté, dans cette plus grande démocratie du monde !

J’ai la faiblesse de croire que tout n’est qu’une question de volonté politique, d’honnêteté et d’intégrité chez les femmes et les  hommes appelés aux grandes responsabilités dans leur pays qui devraient également être vigilants sur une certaine corruption, autre épine du pied de l’Inde  préjudiciable à son image de marque.

Malheureusement, beaucoup font ce constat amer : l’  immobilisme latent  sur le plan sociétal et une absence cruciale d’infrastructures sanitaires et décentes, au mépris de la masse misérable, surtout dans les villages, si ce n’est l’infrastructure routière en partie accomplie et privilégiée sur les grands axes. Il faut dire que le phénomène de la mousson n’est pas de nature à arranger les choses. Après son passage dévastateur les mêmes travaux doivent être repris et consolidés.

On note surtout une absence de publicités à but pédagogique  propres à infléchir sur les comportements individuels- A l’inverse, de grands placards publicitaires représentent volontiers des effigies de responsables politiques du district, obèses et moustachus. Ce pays cultive vraiment le culte de la personnalité ! La  masse en  est inondée et imprégnée et le visiteur étranger en prend plein la vue.  Mais la tâche s’avère  également  longue et ardue du fait de la religiosité pénétrante de ce peuple aux mille dieux, ce  qui est sans doute objet de manipulation quelque part, avec peut-être une volonté arrêtée de le maintenir dans cette situation…

Comment trouvera-t-on l’Inde  dans une dizaine d’années ? D’aucuns  avancent d’emblée  des pronostics sévères, et pour cause. Je me suis laissé dire que même dans trente ans, rien n’aura encore  changé dans les domaines précités_ outre le sempiternel problème de la caste qui  colle à la peau de ce pays et freine son évolution, au risque de    se laisser  dépasser par la Chine entre prenante  qui a parié du reste  sur son jusqu’auboutisme Des amis à Pondichéry m’apportent récemment des nouvelles qui tendent à relativiser, toutes proportions gardées, le problème de  l’intouchabilité .

En effet, la discrimination positive, engagée très tôt, n’a pas eu que des résultats heureux. Elle a engendré l’effet inverse qui consiste à trop privilégier le quota prévu au détriment cette fois des castes intermédiaires_ voire même des brahmanes. Une grande largesse de vue est ainsi accordée à l’endroit des harijans au point de bénéficier de la gratuité

des services divers dans le domaine de la consommation. Aussi, le mérite n’est-il pas reconnu à sa juste valeur à certains citoyens qui peinent à trouver le travail correspondant à leur qualification, les postes étant, bien entendu, accordés en priorité aux intouchables.

Cela peut être dangereux et ne doit pas perdurer.

Il faut reconnaître cependant  qu’au cours de  la dernière décennie, l’Inde  a montré au monde ce dont elle était capable en ouvrant ses frontières, jalousement protégées ,  par des avancées spectaculaires  dans de nombreux secteurs clé de son économie.

Ce serait une gageure que de voir le regard des sceptiques changer dans dix ans, car l’Inde peut encore surprendre avec la génération montante qui apportera, je le pense, les correctifs qui s’imposent( une Inde plus avenante avec certains villages à forte concentration mieux assainis en termes d’ordures ménagères et de pollution diverses, sans oublier les voies de circulation enfin libérées de la présence plutôt contraignante des vaches sacrées et autres animaux errants.

Gandhi n’a t-il pas dit : » La grandeur d’une nation et ses progrès moraux

peuvent être jugés par la façon dont elle traite ses animaux ». Il voulait réformer en profondeur la société indienne en luttant contre l’intouchabilité, la rigueur de certains textes religieux dénués de bon sens, prônant l’éducation de l’Inde des villages. Tout cela était intrinsèquement lié à une évangile de la non-violence……La leçon n’a pas été suffisamment apprise du Père de la nation.

Einstein avait déclaré, à la mort de cet homme unidimensionnel, et à juste titre:

« Les générations à venir auront du mal à croire que quelqu’un comme lui ait pu  fouler la terre en chair et en os »

Je pense encore à cet élan que m’a procuré  Rajmohan Gandhi, petit- fils du père de l’Inde. Je regrette qu’il ne m’ait donné suite à cet évènement que j’ai été poussé à écrire

sur mon arrière- grand -père. Je l’attribue d’emblée à ses occupations universitaires à Urbana aux Etats-Unis, qui doivent absorber la majeure partie de son temps. Mais un petit mot de sa part m’aurait conforté au sujet de cet événement proprement indien et dont l’opinion précieuse sur cet partie sud de la péninsule indienne m’aurait sans doute apporté une part de lui comme un indice….. sur ce travail de mémoire.

Jean-Pierre LAPORTE

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